JONES (I.)

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JONES INIGO (1573-1652)

Après le règne d’Élisabeth, les Stuart ramenèrent leur pays dans le grand courant de la culture européenne, et le premier quart du XVIIe siècle vit mûrir en Angleterre un art de cour à la fois puissant et raffiné où l’on reconnaît les dernières manifestations de la Renaissance. Un artiste au génie protéiforme résume cette époque: Inigo Jones. Premier architecte, au sens moderne du mot, en Angleterre, il est aussi urbaniste, peintre de paysages, expert chargé d’acquisitions de tableaux pour le compte de la maison royale et scénographe, réalisant pour la cour de fastueux divertissements. Il exerce de multiples activités grâce à une compréhension très sûre de la théorie et du symbolisme de la Renaissance, en faisant sien l’idéal humaniste.

Autour de 1600, plusieurs voyages lui permettent de se familiariser avec les arts et les monuments de divers pays d’Europe. En 1605, il est appelé par la reine Anne comme ordonnateur des «masques», divertissements princiers combinant ballets, représentations théâtrales et mascarades. D’abord en collaboration avec le poète Ben Jonson, puis seul, il dessine, pendant plus de trente ans, décors, costumes et accessoires, ne cessant de rechercher les effets spectaculaires les plus susceptibles de susciter le merveilleux. Il visite Paris en 1609, est appelé un temps auprès du roi du Danemark puis nommé, en 1611, intendant des Bâtiments du prince de Galles. Un second voyage en Italie, dans la suite de lord Arundel, lui permet d’étudier longuement les œuvres de Palladio dont il rencontre le disciple Scamozzi à Venise. À son retour en 1615, il reçoit la charge de surintendant des Bâtiments du roi. Il peut alors donner à l’architecture anglaise, à la fois ingénieuse et compliquée, des orientations toutes nouvelles.

La Maison de la reine (Queen’s House) sur les bords de la Tamise à Greenwich, commencée en 1616, abandonnée à la mort de la femme de Jacques Ier, reprise et achevée en 1635, adapte pour la première fois le modèle palladien de la villa à l’usage britannique. L’extérieur de l’édifice est d’une grande simplicité: volumes nets, parois lisses au-dessus d’un soubassement à refends, grande loggia ionique ouverte sur le fleuve. L’intérieur, orné de fins décors de stuc blancs, s’ordonne autour d’un grand hall cubique. Ces dispositions se retrouvent dans plusieurs autres demeures privées comme celle de sir Francis Crane dans le Northamptonshire. En 1619, Inigo Jones entreprend la reconstruction de la salle des Banquets (Banqueting House) de Whitehall. La façade, avec ses deux ordres classiques superposés au-dessus d’un soubassement à bossages, reflète clairement des influences italiennes tempérées par le souvenir français de l’attique à balustrade. L’intérieur, qui évoque la nef d’une basilique, renferme un énorme volume animé seulement par une galerie. La chapelle de la reine à Saint Jame’s Palace (1623-1627) est surtout remarquable par l’emploi d’une immense baie «serlienne» qui ajoure tout le chevet. En 1631, l’architecte établit les plans de la place de Covent Garden et des rues adjacentes. Ce vaste espace rectangulaire, rythmé par des maisons à arcades, évoque à la fois la place d’Armes de Livourne et la place Royale de Paris, et s’inscrit dans la série des grandes réalisations urbanistiques du temps. La place est dominée par le frontispice de l’église Saint Paul auquel un ordre dorique, massif et rigoureux, confère un aspect presque néo-classique.

En 1634, Inigo Jones est désigné pour superviser les travaux de restauration de la cathédrale Saint Paul. Il étudie de vastes projets pour le palais de Whitehall lorsque la révolution éclate. Il a alors à souffrir de la répression puritaine, et c’est son disciple, John Webb, qui achève quelques-uns de ses projets. Les modèles mis au point par Inigo Jones connurent une exceptionnelle fortune, surtout au début du XVIIIe siècle en Angleterre, à l’aube du renouveau classique. Il est aussi en partie responsable de la place prééminente de la Grande-Bretagne dans le palladianisme européen.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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